Abandon de l’A45 : des paysans soulagés, des élus furieux

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C’est une première victoire pour la confédération paysanne du Rhône. Depuis plusieurs mois, une forte mobilisation appelait les politiques à suspendre le projet de l’A45. Ils ont eu gain de cause, mais la partie n’est pas encore gagnée.

Pour espérer décongestionner l’A47, une nouvelle autoroute devait relier Lyon et Saint-Étienne, plus précisément, Brignais et La Fouillouse. Né en 1993, le projet a été reconnu d’utilité publique il y a 10 ans. Pour lancer les travaux, il ne restait que la signature du contrat de concession à l’entreprise privée, Vinci.

Le 1er février 2018, le Conseil d’orientation des infrastructures et son président Philippe Duron ont classé la perspective de l’A45 comme non prioritaire. En prétendant qu’il faudrait d’abord soutenir des programmes « réalistes, en adéquation avec les besoins des Français au quotidien. »

La priorité pour le COI ne serait finalement pas la construction d’une nouvelle autoroute, mais plutôt le développement du ferroviaire. C’est ce qu’affirment aussi les opposants au projet, majoritairement des agriculteurs et des paysans.

Des exploitants inquiets pour le paysage et pour leurs terroirs.

La crainte de la confédération paysanne du Rhône est la perte d’une très large diversité de cultures et d’élevages de petite taille situés sur le parcours.

Par la vente des terrains nécessaires au passage de l’A45, de nombreux paysans auraient perdu les sols qu’ils louent.

De plus, l’installation d’échangeurs et de péages aurait entrainé l’implantation, le long du trajet, de zones d’activités très agressives pour le paysage rural des Coteaux du Lyonnais.

La confédération propose plutôt d’utiliser les 190 millions d’argent public pour :

– Réaménager l’A47, très accidentogène.

⁃ Améliorer le ferroviaire : la fréquence des trains reliant Lyon, Givors et Saint          Étienne est trop faible.

– Agrandir les parkings qui sont situés sur le parcours, trop insuffisants.

«  Un coup de poignard » pour Laurent Wauquiez

Les Chambres de Commerce de Lyon-Saint-Etienne et de la Région, mais aussi le maire stéphanois Gaël Perdriau (LR) et Laurent Wauquiez (LR) ont très mal reçu ce revirement du gouvernement.

À son arrivée à la présidence de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy avait remis sur la table ce projet d’autoroute :

Laurent Wauquiez : « C’est un coup de poignard pour l’avenir de toute une région. Jamais il n’y a eu une telle reculade d’un gouvernement, de gauche ou de droite, à l’égard de notre région. On ne peut pas l’accepter. »

Grosse désillusion aussi pour le maire de Saint-Étienne, qui a rapidement appelé sur son compte Twitter, à signer une pétition en faveur de l’A45 :

https://twitter.com/PerdriauGael/status/913105621003771909

Le monde économique Rhône-Alpin a, dès lors, promis qu’il mettrait les moyens nécessaires pour faire pression sur le gouvernement.

C’est le vœu de la CCI d’Auvergne-Rhône-Alpes qui espère : « Mobiliser très largement, au-delà des chambres de commerces et d’industrie, des syndicats patronaux et des branches professionnelles, les entreprises elles-mêmes, dans cette bataille. »

Ce n’est donc que le début du deuxième round.

Qu’en penser ?

La position de Laurent Wauquiez reste pour le moins étrange. Très prompt à défendre les produits du terroir de la région Auvergne-Rhône-Alpes, il ne voit pas en l’A45 une menace pour leur production.

On peut toutefois comprendre le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, impatient de revitaliser sa ville et lui reconstituer une réputation.

On peut craindre aussi que ces personnages soient surtout motivés par le désir de résultats politiques, qu’ils pourront épingler au bilan de leur mandat.

Au-delà des conséquences environnementales et visuelles certaines, reste à savoir si une nouvelle autoroute viendra vraiment accélérer les flux sur cet axe. Est-ce qu’un gain d’une ou deux dizaines de minutes entre Lyon et Saint-Étienne justifiera un tel projet?

Quoi qu’il arrive, ce serait un gros chèque au bénéfice de Vinci, aux frais de l’État. Mais quelles retombées pour les contribuables?

Photo illustration France 3 Auvergne-Rhône-Alpes