Défense des automobilistes, entretien avec Francis Rongier

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Permis

Francis Rongier est l’animateur du Mouvement pour un Permis sans Points. Cette organisation basée à Saint-Etienne vise à défendre les automobilistes. Interview.

1/ Monsieur Rongier, pourriez-vous nous dresser un bref historique de votre organisation ?

Précisément tout a commencé en 1973 avec les premières limitations de vitesse instaurées par Pierre Mesmer, Premier Ministre du Président Georges Pompidou, uniquement pour des raisons d’économie d’essence en raison de la crise pétrolière. Mais ce n’est pas la limitation que j’ai contestée mais les commissions administratives de suspension de permis présidées par les préfets : celles-ci introduisaient en effet dans le droit français « une dualité de compétences » avec l’ordre judiciaire, seul compétent pour prononcer les restrictions ou privations des libertés individuelles suivant la Constitution Française. Verbalisé à plusieurs reprises, je parcourais à l’époque 80 000 kms par an en tant que représentant en éditions d’art, j’ai décidé de refuser de rendre mon permis suspendu par un Préfet pour n’accepter que les décisions judiciaires. Comprenant qu’il ne fallait pas rester seul, j’ai fondé en juin 1974 le mouvement Auto Défense des automobilistes bien entendu.

2/ En quoi consiste l’intervention de votre organisation ?

En fait, il y en a eu trois : le mouvement Auto Défense devenu en 1998 le Club Défense Permis, enfin en mars 2011 le Mouvement pour un Permis sans Points que je préside actuellement, les trois dans le statut juridique de la Loi de 1901 sur les associations. Nos objectifs se résument dans nos statuts actuels : la primauté absolue de l’ordre judiciaire pour la répression routière hélas inévitable — dénoncer et obtenir la suppression des sanctions automatiques contraires au principe constitutionnel de la personnalisation des peines — combattre les conséquences inégalitaires des suspensions et annulations de permis, en particulier pour le usagers professionnels de la route, répertorier les zones d’accumulation d’accidents, dites points noirs, et les défectuosités de l’infrastructure et de la signalisation, cause de 50 % des accidents, d’après les enquêtes réagir — enfin, assister et conseiller nos adhérents par le canal d’une commission juridique et un réseau d’avocats correspondants.

3/ Quelles sont vos plus grandes réussites ?

Ma plus grande réussite, si j’ose dire, c’est d’avoir été incarcéré quatre jours à la prison de LA TALAUDIERE pour avoir refusé de rendre mon permis suspendu pour 15 jours par le Préfet de la Drôme, mon crime, avoir été verbalisé sur l’A7 à 155 km/h pour 130 limités. Curieusement, dès mes premiers démêlés avec l’Administration, j’avais suscité la sympathie des magistrats. Je me souviens de la réaction du premier Président des Juges d’Instruction auquel j’avais été présenté me disant « je me réjouis de voir enfin un citoyen se rebeller contre l’arbitraire ». Celle du Procureur de la République commençant ses réquisitions par « j’ai lu votre bulletin Auto Défense de la première à la dernière ligne, je vous approuve entièrement mais je suis obligé d’appliquer la loi » ajoutant « vous avez bien quelques députés qui traînent … ». J’en ai même trouvé deux, me célèbre Hector Rolland, Député de l’Allier, et surtout celui de la Somme, Charles BIGNON, qui fit voter l’amendement éponyme limitant les pouvoirs des Préfets en les subordonnant à l’autorité judiciaire : l’année suivante, les suspensions préfectorales passèrent de quelques 270 000 à 90 000.

4/ Quel est votre avis sur les diverses mesures prises par le Législateur dans le domaine de la sécurité routière depuis 1973 ?

Il y a quelques décennies le philosophe Robert ARON dénonçait la pratique systématique du mensonge comme moyen de gouvernement dans les démocraties et cette phrase résume toutes les tares de la politique de sécurité routière. Le gouvernement Mesmer ayant constaté une diminution des accidents et des victimes de la route suite aux limitations de vitesse, créa donc une commission de la sécurité routière, méconnaissant la citation de Churchill « un chameau, c’est un cheval dessiné par une commission » placée sous la direction d’un brillant polytechnicien Christian Gerondeau. Il faut dire qu’on déplorait 17 000 morts sur la route, cependant l’Inserm qui publie depuis plus de 50 ans toutes les causes de décès, n’en trouvait que 13 000 ! Dès lors le postulat était posé, les automobilistes sont toujours responsables et coupables, quand le nombre des accidents augmente c’est de leur faute et quand il diminue c’est grâce aux sages mesures répressives. Je rappellerai une seule chose, quand j’ai commencé Auto Défense, il y avait comme autoroute Paris – Avallon alors qu’à ce jour il y en a 11 000 kms. Quand on sait que cette structure divise par 4 le nombre des tués par rapport aux routes nationales et par 7 pour les routes secondaires, vous comprendrez que la méthode miracle de la Sécurité Routière ce n’est pas le radar « pompe à fric » mais l’autoroute.

Pour conclure, nous souhaiterions voir remplacer le simpliste triptyque, obligation – interdiction – répression par celui plus intelligent et plus efficace de éducation – formation – équipement.

http://www.permisetpointsrongier.com