Grenoble : curieux internement psychiatrique de l’avocat Bernard Ripert

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Bernard Ripert, avocat au barreau de Grenoble

L’avocat grenoblois Bernard Ripert a été interné le 23/05/2016 en unité psychiatrique en marge d’une mesure de garde à vue dont il faisait l’objet pour des faits « d’intimidation envers un magistrat ». Une situation qui soulève un vif et émoi, et pose ne nombreuses questions.

Alors que, selon nos sources, l’avocat Bernard Ripert n’a aucun antécédent psychiatrique, son internement a été décidé alors qu’il faisait l’objet d’une visite médicale visant à déterminer si son état de santé etait compatible avec la mesure de garde à vue dont il était l’objet, celui-ci ayant eu des « problèmes de tension » ayant justifié sa conduite à l’hôpital au cours de celle-ci.

C’est là qu’un médecin psychiatre a décidé de l’interner, dans le cadre d’une hospitalisation d’office, en unité psychiatrique. Il s’agit d’une mesure d’hospitalisation sous contrainte, qui s’appuie généralement sur une pathologie duement constatée et qui rend la personne concernée susceptible d’être dangereuse pour elle même ou pour autrui.

Cette décision a soulevé un vif émoi parmi ses collègues du barreau de Grenoble, qui ont été 120 à manifester le 24/05/2016 devant la Maison de l’Avocat pour dénonçer la situation. Maitre Julien Durand, l’ayant assisté au cours de sa garde à vue, a affirmé que « lundi, rien ne laissait présager un internement ». Une révélation qui soulève un certain étonnement, s’agissant de l’éventualité d’une soudaine perte de raison chez l’intéressé au point qu’il faille l’interner de toute urgence.

Cette affaire, qui manifestement a pour décorum un conflit avec un magistrat, mérite pour le moins de se poser la question légitime de la pertinence d’une hospitalisation psychiatrique, dont les effets, au delà de la privation de liberté de Bernard Ripert, se traduisent indéniablement par une atteinte à sa réputation et à sa crédibilité.

Plusieurs fois dans le collimateur des instances disciplinaires de sa profession, à chaque fois pour avoir critiqué la magistrature, l’avocat Bernard Ripert n’avait toutefois jamais été inquiété par la justice. Son franc parler et ses coups d’éclat auraient-ils fait de lui « l’homme à abattre » au prétexte qu’il dérange ?

Si tel est le cas, la réponse apportée est très inquiétante s’agissant du fonctionnement de nos institutions dans ce qui est censé être un Etat de Droit. Car s’il s’avérait que nos établissements psychiatriques étaient utilisés tels des Goulags soviétiques par une caste de personnes ayant tout pouvoir, l’affaire serait gravissime.

Sébastien JALLAMION