Opéra de Lyon : quel dommage pour Tristan !

share on:
Capture d’écran 2017-03-26 à 19.43.17

La programmation de « Tristan et Isolde » représente toujours un événement. L’opéra d’une infinie beauté, mais parmi les plus exigeants, nécessite une distribution rigoureuse et un orchestre pléthorique. Sa durée même, environ 3h45 hors entractes, demande un investissement « kolossal » auquel beaucoup de maisons ne peuvent faire face. Ce n’est bien sûr pas le cas de l’Opéra National de Lyon, deuxième scène lyrique de France.

Ces jours-ci donc, on y propose Tristan dans la version de Heiner Müller qui aurait fait les beaux jours (!) de Bayreuth lors de l’édition 1993 du célèbre festival. Le théâtre lyonnais a programmé 6 représentations jusqu’au 5 avril dans le cadre de la série « Mémoires » qui se propose de réhabiliter des mises en scène censées avoir marqué leur temps. C’est ainsi que pendant la saison, les mélomanes pourront (re)découvrir l’Elektra de Ruth Berghaus (Dresde 1986), comme il ont déjà pu apprécier le Couronnement de Poppée dans la mise en scène de Klaus Michael Grüber créée en 1999 au Festival d’Aix-en-Provence. A priori, nous pensons du bien d’une telle initiative. Elle présente l’intérêt de transmettre un aspect trop souvent négligé du spectacle vivant : le patrimoine.

Pour revenir à la production de Tristan, nous voudrions d’abord souligner la rigoureuse intervention du chef Hartmut Haenchen qui a su délivrer toute la force de la partition. (Notons que le maestro allemand dirigera aussi Elektra dans les jours prochains ; les plus chanceux pourront le retrouver à Bayreuth en juillet avec Parsifal). L’orchestre de l’Opéra, très précis, manquait peut-être d’envergure sonore ; cela était sans doute dû à la configuration de la fosse et à certains points d’acoustique.

Le rôle d’Isolde fut relativement bien campé par Anne Petersen, même si sa prestation aura été un tantinet inégale au long de la pièce. Son partenaire Daniel Kirch nous a semblé résolument moins convaincant avec un timbre assez terne et très souvent couvert par l’orchestre. Les autres rôles défendaient vaillamment la partition, hormis un Melot (Thomas Piffka), assez décevant.

Mais le plus désolant de la soirée fut bien Heiner Müller lui-même. Certes, l’Opéra de Lyon n’est pas le Festival de Bayreuth, et sans doute la transposition de l’ouvrage n’y était pas chose facile. Mais, si on excepte un premier acte strict et élégant, le reste de la mise en scène s’est avérée pesante. L’évolution des personnages y donnait en permanence l’impression d’inconfort et d’hésitation, et ceci dans des décors, et plus encore, dans des costumes indignes des grandes scènes.

On ne réclame pas avec Wagner des chanteurs en totale conformité avec leur emploi (tout le monde n’est pas Jonas Kaufmann !), mais l’épisode du troisième acte au cours duquel Tristan arrache le pansement de sa « bedaine » était particulièrement mal venu. Nous avons en fait craint à plusieurs reprises que l’œuvre bascule dans le cocasse !

C’est donc en sachant fermer les yeux que l’on appréciait la soirée. Dommage.

Christophe Arnould