Prises de conscience à géométrie variable

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Daech

Il est, par les temps qui courent, un sujet auquel on ne peut échapper lors des conversations du samedi soir entre amis : celui de la sécurité et par extension du terrorisme.

Difficile en effet de se soustraire à un commentaire sur l’actualité (chargée) en la matière.

Présent dernièrement à une réception, j’ai eu l’occasion d’échanger avec des groupes d’invités discourant sur cette question sensible et obsédante.

Une amie nous racontait avoir dîné chez des proches le 8 décembre dernier rue du Plat dans la Presqu’île, à l’endroit même où 2 heures plus tôt un véhicule suspect avait été séquestré par la police, car contenant armes et documentation islamique ; elle n’en avait pas dormi de la nuit. Depuis prenant le train régulièrement pour Paris, elle nous a avoué ne pas être tranquille et penser souvent aux risques d’attentats. D’autant que son smartphone lui rappelle à satiété les récentes actions et tentatives d’actes terroristes créant suivant ses mots un climat d’angoisse permanent.

D’ailleurs n’est-ce pas l’un des objectifs de ces mouvances islamistes que d’installer en Europe une psychose ?

Mon amie concluait en avouant son inquiétude, pour elle comme pour ses proches, mais qu’il fallait bien continuer à vivre comme si de rien n’était ….en nous conseillant néanmoins de ne plus mettre les pieds à la fête des Lumières.

Passant à un autre groupe, je tombais sur une discussion animée sur le thème « que faire ? » face au terrorisme. Là j’ai pu observer trois types de réactions bien distincts.

Les uns affirmaient qu’il était de leur devoir de se défendre et de lutter pour sauvegarder notre mode de vie (brefs les acquis de notre civilisation), les suivants pensaient depuis quelque temps à l’expatriation et les derniers fatalistes, constataient la disparition programmée de notre beau pays sans savoir comment y remédier.

Symptomatique des questionnements que se posent des millions de Français, cette conversation à chaud dans le confort d’une réception mondaine, théoriquement à l’abri de toute violence importée, révélait la préoccupation n° 1 de nos concitoyens bien avant les thèmes du chômage, de la retraite ou du pouvoir d’achat comme se complaisent à nous le répéter les médias mainstream.

La population a enfin compris que le phénomène du terrorisme, ou plutôt du djihadisme n’était pas réservé à la rubrique des faits divers, mais pouvait les toucher directement, à tout moment, en n’importe quel lieu.

Étant confrontés à un danger nouveau, structurel, largement méconnu du monde occidental, nous sommes déroutés. C’est cette impression prégnante que j’ai ressenti ce soir-là.

Nous nous sentons désemparés face à une menace multiforme que nous côtoyons tous les jours sans pouvoir la repérer ; les regards dans la rue ne sont-ils pas de plus en plus suspicieux ?

Ceux qui prônent la réaction ne savent pas comme agir : ne faut-il pas rester dans le cadre de la légalité, comment se fédérer et quel mode d’action adopter ?

Ceux qui veulent quitter la France n’expriment-ils pas une sorte de renoncement, d’abandon, et

, osons-le : de lâcheté ?

Enfin, ceux résignés, qui croient que la roue de l’Histoire a tourné et qu’il faut se préparer à changer de monde contre notre gré et qui au final, sans le dire ouvertement, préfèrent la soumission à la réaction.

Tous partagent néanmoins l’angoisse de laisser une société incertaine à leurs enfants, pensant majoritairement que nous avons raté, nous et nos parents, l’occasion de sauvegarder et transmettre la civilisation, la culture et le mode de vie qui nous avaient été légués.

Il ressort de cette soirée un sentiment mitigé, mais révélateur de la nature humaine : le courage certes brouillon côtoie le renoncement voire la lâcheté. Face à un phénomène nouveau, inscrit sur le temps long, nous devons chacun à notre manière, suivant nos capacités, nous investir et créer les conditions qui permettront de contrer et détruire cette menace : n’oublions pas que nos enfants nous jugeront et qu’ils seront sévères, car asservis si nous choisissons une confortable passivité.

Mais l’Histoire regorge d’épisodes similaires où des  «gens ordinaires», bien installés dans leur routine quotidienne se révèlent dans les circonstances singulières. Je ne crois pas que nous puissions rétablir la situation dans le cadre des institutions actuelles, car cela supposerait un sursaut que 50 ans d’endoctrinement « droit-de-l’hommiste »  rendent impossible ; en revanche il arrive généralement un événement presque anodin au moment où l’on s’y attend le moins, qui opère sur l’inconscient d’un peuple comme un électrochoc salvateur.

Alors, agissons, une minorité diligente prenant toujours le dessus sur une majorité passive, et nous déclencherons ce petit coup de pouce de l’Histoire qui balayera les certitudes et créera les conditions du renouveau.

AS