Prolifération des ames : l’avis d’un Commandant de Police

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Nous avons interviewé, sous couvert d’anonymat, un Commandant de Police honnoraire sur la question sensible de l’élargissement du port et de la détention des armes à feu en France dans le contexte actuel. Son avis est plus que mitigé. Interview :

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« Suite aux divers attentats que nous connaissons, certains demandent à ce que les Français soient mis en état de pouvoir se défendre. Concrètement, il s’agit d’armer plus de personnes. Des initiatives sont déjà prises concernant les policiers et les gendarmes qui peuvent conserver leur arme après le service. Quel est votre avis ?

M. Cazeneuve n’a fait que réactualiser une mesure de bon sens abandonnée depuis plusieurs années, ce n’est donc pas une innovation.

Actuellement, la France compte 100 000 gendarmes, 140 000 policiers nationaux et 20 000 policiers municipaux, la plaçant parmi les pays d’Europe les mieux pourvus en forces de l’ordre par habitant.

Pour moi, le renforcement de la sécurité des français doit passer d’une part, par la réorientation des policiers et gendarmes vers leurs missions premières et d’autre part, par l’armement de toutes les polices municipales. Cela ne se justifiait pas tant que les policiers municipaux étaient cantonnés dans des missions de police de proximité.

Mais récemment, le Ministre de l’Intérieur a souhaité les mettre à contribution dans la protection de lieux sensibles, les engageant de facto dans la lutte contre le terrorisme avec les risques inhérents à cette mission. Il convient donc de les équiper en conséquence tout en sachant qu’actuellement la majorité des policiers municipaux n’y sont pas favorables.

Des observateurs, Monsieur Trump en tête indiquent que s’il y avait eu des personnes armées dans la boîte de nuit à Orlando, le massacre n’aurait peut-être pas eu lieu dans les mêmes proportions. Ne serait-il pas envisageable de confier des armes à différents volontaires, réservistes, agents de sécurité, qui seraient formés à cet effet ?

Il a été établi que la prolifération des armes contribue à l’augmentation de l’insécurité.

Les chiffres sont éloquents en matière d’homicides : 5,2 homicides pour 100 000 hab aux USA, 2,3 en Israël et 0,6 en France.

Donc, l’armement de volontaires ou de réservistes ne se justifie pas et poserait au contraire de nombreux problèmes techniques, entre autres, sur la répartition de ces volontaires sur tout le territoire notamment les quartiers sensibles, leur sélection, le contrôle régulier de leur moralité, leur équipement et leur entraînement régulier, l’absence de vécu professionnel leur permettant d’analyser très rapidement la dangerosité d’une situation et leur absence d’obligation à intervenir.

Comme chacun sait, en soi une arme n’est pas dangereuse ; c’est celui qui la manipule qui pourrait l’être. Que penseriez-vous d’une formation aux armes qui serait largement dispensée, comme à l’époque du Service militaire. Et compte-tenu des évènements,  croyez vous à une possible « israëlisation » de notre société  ? 

Je ne crois ni à l’efficacité d’une formation élargie au maniement des armes, ni à une possible « israélisation » de notre société car sa structure n’est pas la même que celle d’Israël.

Par contre, il serait urgent que la loi pénale s’applique dans toute sa rigueur, accompagnée d’une réforme pénale prévoyant notamment la suppression des remises de peines pour les récidivistes quelle que soit l’infraction, le rétablissement de la peine complémentaire de reconduite à la frontière de tout étranger délinquant ou criminel ayant purgé sa peine quelle que soit sa situation familiale en France, la construction de prisons, la suppression du principe de confusion des peines au bénéfice du cumul des peines comme dans de nombreux pays démocratiques. »

Propos reccueillis par Christophe Arnould