Sarkozy ne vous a donc pas suffi ?

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Il y a encore quelques mois, qui des électeurs de la droite classique (comprendre la petite bourgeoisie catholique et provinciale), connaissaient véritablement François Fillon ? Il est désormais leur héros. Les réseaux sociaux s’embrasent : les « likes » fleurissent, les tweets se multiplient, les commentaires dithyrambiques jaillissent de toute part. L’avènement de cette droite dite décomplexée est enfin là, totalement incarné par Fillon. Certains vont jusqu‘à affirmer, à crier, qu’il est « notre Trump à nous », le candidat anti système par excellence. Détendez-vous braves gens ! Fillon et Juppé ont le même projet- et c’est le sacrosaint « Figaro » qui le prétend ! Malheureux à admettre et pourtant vrai : des compétiteurs de la Primaire, Fillon et Juppé sont ceux dont les programmes se rapprochent le plus. Seules quelques postures varient, mais suffisent à déchainer le petit monde rebelle des « bobos de droite ». Une photo prise devant un manoir, une paire de « Bexley » qui traîne, un bon mot pour l’évêque du coin et voilà le candidat de la France éternelle ! Tout est histoire de com’ et uniquement de com’. C’est triste tout de même de tomber – une nouvelle fois – dans le panneau pour un milieu qui se considère comme érudit et au-dessus de la masse méprisable des beaufs. Le fait que cet électorat s’enflamme – à nouveau – pour un tel candidat, révèle au mieux une mémoire collective défaillante, au pire une immaturité politique inquiétante. Mais il semble toutefois que le choix de ces électeurs soit la conséquence de deux phénomènes concomitants : leur éternel aveuglement (volontaire ou pas), et la manipulation (consciente ou non) qu’ils subissent de la gauche.

L’émergence des « bobos-bourges »

Qu’est-ce qu’un bobo ? Mis à part manger des pousses de soja, faire des treks au Pérou et se trouver cool en boubou, vivre bobo, c’est avant tout se sentir indépendant sans l’être, s’émerveiller d’une liberté de conscience manipulée. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, les « bobos-petit bourgois-cathos » ça existe. Dans un autre style, on est d’accord, mais sociologiquement, le phénomène relève de la même logique : lire le dernier Zemmour, arborer un sweat LMPT, mettre des hashtags #DroitePasContente, porter des Bensimon à La Baule ou faire du scoutisme en chaussures de marche (sans rangers). Avec Fillon, on est alors au croisement du côté Girly « trop fan de » et de la communauté de l’Emmanuel hyper angélique.

Chantons tous : « Levons les mains vers le ciel, vers toi Fillon venu panser nos plaies ! »

En tout état de cause, il y a une véritable notion d’appartenance, des codes à ne pas trahir, pas question de sarouel ou de nu-pieds chez le « bobo de droite », mais de Barbour et de Petits Frenchies. Cette identification à une communauté est pourtant aux antipodes de ce qu’ils dénoncent pour les musulmans ou les amateurs de tuning. Eux, les marginaux de la pensée unique se sont ainsi, à leur tour, communautarisés. R.I.P.

Dans ce groupe socioculturel, il y a donc aussi un code politique, j’ai nommé François Fillon, comme Nicolas Sarkozy avant lui. Personne ne doute de lui, personne ne doute de soi, c’est leur élu, leur star, ils en sont persuadés ; on les a persuadés !

Les « bobos-bourges » manipulés

Soi-disant contre la bien-pensance, ils ont en réalité la leur qui leur est propre. C’est celle de Zemmour et de Sens Commun, de Villiers et de Valeurs Actuelles. Il n’est pas question, à aucun moment, de remettre en cause une seule parole de ceux qu’ils auront désignés comme leurs gourous.

À l’inverse, leur représentation du politique ne passera qu’au travers de la critique qu’aura émise Pierre Bergé ou Laurent Joffrin. On leur dit que Fillon est désormais un dangereux conservateur catholique ? Banco ! Marine Le Pen est une gauchiste acculturée ? C’est évident ! En ce sens, la « nazification » de Fillon aura été une aubaine pour eux, on leur a dicté qu’il serait le plus droitard des doitards ; qu’attention les  yeux, ça allait dépoter ! Encore une fois, tout est un principe d’image. La recherche de la vérité et le questionnement ne font pas partie du logiciel de vote du bobo. C’est ça la pensée unique !

Si les politiques connaissaient l’existence de cette « communauté » depuis longtemps, celle-ci ne se connaissait à peine. Désormais, grâce à Fillon elle s’identifie parfaitement, et la liberté de penser dans le groupe devient dès lors encore plus restreinte qu’auparavant, quasiment nulle. Déroger au schéma mental collectif, suspecter un instant la lobotomie, signifierait au bout du compte la sanction : la fin du Rotary, l’exclusion de la prochaine vente privée, mais surtout le mépris de classe et la moquerie des condescendants.

« Charles-Henri, mon fils, si tu veux survivre dans ce monde, n’oublie jamais : le libéralisme est un dogme, le multiculturalisme une fatalité, les beaufs des cons. »

Cependant, et c’est là notre chance : le lecteur « Zemmourien » appartient aussi bien à la droite hors les murs qu’au comité « Fillon for Ever ». Gageons que le brillant auteur saura insuffler à ses admirateurs une lucidité propice à tempérer la FillonMania du bobo. En effet, en étant parfaitement honnête intellectuellement, comment peut-on aduler Villiers et adorer Fillon ? Comment peut-on adorer Fillon et haïr Juppé ? Les incohérences sont multiples : ils ont manifesté jusqu’à l’épuisement contre le « Mariage pour tous » tandis que Fillon ne souhaite pas revenir dessus. Ils s’opposent coûte que coûte à l’islamisation de la France, pourtant Fillon a été le premier 1er ministre à inaugurer une mosquée. Ils épousent en secret la thèse du « Grand remplacement » alors que Fillon, chef du gouvernement, a fait rentrer, peu ou prou, un million d’immigrés en cinq ans.

Fillon est présenté par les médias comme un conservateur catholique, souverainiste et foncièrement anti-immigration. La droite hors les murs, brandissant la vérité, aurait donc une opportunité inespérée d’éclaircir son positionnement, d’affirmer ses convictions et même de fidéliser un électorat ; saura-t-elle dénoncer une imposture ?

Les « bobos-bourges » se voilant la face pour mieux se déculpabiliser : une constante

À quoi servirait-il de leur rappeler que Fillon (7 fois ministres depuis 1993) a été un artisan de l’islamisation de la France, de son endettement, de sa perte de souveraineté, de son déclassement ? Cet électorat était celui de Sarkozy hier et sera celui de Wauquiez demain. Les arguments de 2007 et 2012 seront ceux de 2017 et 2022. Le peuple de droite bobo a trouvé son nouveau chouchou, et aucun raisonnement ne le fera changer d’avis. Qu’avec Fillon, ce soit du Sarkosisme sans Sarko, que les promesses ne soient jamais tenues, que les électeurs soient de nouveaux cocus pour un quinquennat, peu importe. Voter Fillon, c’est comme aller à la chasse en loden : ça fait bien. On sera convenablement perçus à la sortie de la messe ou en soirée rallye. Fermer les yeux, se persuader de son bon droit, ne pas trop se poser de questions, c’est évidemment tellement plus simple. Ainsi, mettre en avant les valeurs traditionnelles de Fillon et le côté progressiste de Juppé, c’est accentuer artificiellement une différence programmatique quasi inexistante. Ça sert à se déculpabiliser de voter pour un candidat qui a déjà prouvé à maintes reprises sa compromission et son appartenance à un système de destruction programmée de la Patrie. Qui a initié le « gender » à l’école ? Qui a offert sa place à l’UOIF ? Qui a abaissé notre armée ? Qui a ruiné notre économie et jeté des millions de Français dans la misère ?

« Oui, mais Fillon il a dit que bon… dans une autre vie, il aurait interdit le Mariage des couples homosexuels ; il paraît qu’il a dit qu’il ne scolariserait jamais ses enfants en ZEP parce qu’il y a trop de ***, il paraît que certains l’on vu serrer la main d’un mec qui aurait connu fut un temps un gars de l’Action française… » Bref, c’est forcément un chic type !

Voilà, le milieu bien poli, bien propret et bien convenu peut en toute tranquillité, en arguant de grandes valeurs, glisser fièrement un bulletin Fillon. La soudaine poussée d’hormones de la droite républicaine ne tenterait-elle pas de cacher une énième fois un individualisme pourtant flagrant et constant ?

« De toute façon, tant qu’on peut passer le week-end à la campagne et inscrire notre gosse en école de commerce, on s’en fout un peu du beauf dans sa tour qui se fait rouster par la racaille, hein ? Il n’avait qu’à partir après tout ! » 

La réalité, c’est donc bien celle d’une bande peureuse et égoïste qui aura abandonné le combat des valeurs pour celui de l’image et des économies d’impôt ; qui s’avère plus soucieuse de son ISF que de sa soumission à Bruxelles, à la Gauche, et à l’islam.

L’Histoire jugera !