Témoignage : Hommage à nos « Poilus »

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verdun

Nos êtres chers disparus souvent dans des conditions atroces nous ont accompagnés, aimés, guidés, laissant leurs empreintes indélébiles dans nos vies. Ils ont participé à la construction de ce que nous sommes devenus et nous ne pouvons pas ressentir, penser, évoluer, sans qu’il y ait une part d’eux-mêmes dans ce cheminement. Les années passent mais leur histoire devient pour nous fondamentale, nous voudrions tout connaître d’eux, l’oubli nous fait horreur. Nous essayons, à travers les événements qu’ils ont vécus, de ressentir leurs émotions, de nous plonger dans leur être profond, mais pourtant, on ne pourra jamais percevoir qu’une infime parcelle de la réalité de ceux que nous portons en nous, chevillés à notre âme car on ne peut jamais saisir un être dans sa totalité. Ils appartiennent à notre univers mental et sentimental. Certains objets, lettres, photos, lieux, sont imbibés de leur essence, ravivent notre mémoire et éveillent une parcelle de leur vie et des événements antérieurement vécus. Leur histoire erre autour de nous, en nous, elle participe encore au vivant. Que nous le voulions ou non, ils sont présents dans chaque goutte de notre vie, dans nos orientations, nos décisions, nos émotions. Cette transmission de la vie se manifeste à nous avec ténacité. Aussi, nous efforçons-nous de sauvegarder les états de conscience passés et les faits qui s’y trouvent associés.
Les événements passés vivent en nous. Le vécu de nos ancêtres ne s’est pas anéanti avec la fin de leur vie. Leur histoire ne peut pas disparaître, elle se perpétue dans l’impalpable et apparaît comme sublimée dans notre conscience. Il y a en nous ce désir de s’imprégner de leur nature profonde pour mieux en saisir le sens et dénouer la trame de leurs destinées, sonder leur psyché, décortiquer les faits, pour en saisir le mécanisme. Mais nous ne pouvons discerner que des événements partiellement vidés de leur contenu. Il est pourtant nécessaire d’évoquer leur vie, de chercher à la connaître pour mieux la comprendre, la ressentir. Transmettre, aller à leur rencontre, les raconter, parler d’eux autour de soi, même si cela passe à travers le filtre de notre mental… Tout cela est primordial. L’apprentissage de ce qui a tissé leur vie nous familiarise avec l’ensemble de leurs activités, leurs émotions, leur participation au monde, leurs actions décisives, leurs devoirs remplis.
Mon grand-père a participé activement à la Première Guerre mondiale. Il a été engagé dans de célèbres batailles comme Verdun, ou le Chemin des dames. Il a été témoin et acteur des plus grands événements qui ont jalonné ce parcours indicible. Il a été confronté aux pires horreurs, a résisté aux difficultés les plus extrêmes avec stoïcisme, bravoure et abnégation sans jamais faillir, ni se décourager. C’était du moins ce qu’il souhaitait laisser transparaître. Il a été blessé par un éclat d’obus dont il a toute sa vie gardé fièrement l’empreinte. Rien ne lui a été épargné : si, la vie ! Il était assez volubile lorsqu’il relatait tous ces faits ; il en parlait lorsque j’étais enfant et adolescente et je regrette aujourd’hui de ne pas lui avoir posé davantage de questions. J’étais cependant très attentive à tous ces récits puissants et impressionnants relatés par ce grand-père, mon héros ! Au cours de longues soirées dans la maison familiale, il rapportait d’une manière détaillée, en prenant bien soin d’en occulter les aspects les plus horribles, les expériences passées auxquelles il avait participé et celles dont il avait été témoin. Tout cela était très vivace et présent dans son esprit, constituant, en outre, un témoignage capital qui s’inscrivait à jamais dans la grande histoire de l’humanité. Je possède quelques lettres écrites par lui à ses parents, à sa sœur. Lorsqu’il était au front ; témoignages ô combien estimables, émouvants, bouleversants, joyaux que je conserve avec dévotion car j’en mesure toute la portée. Nous sommes les garants de ce passé et nous devons le respecter, le préserver, l’honorer et le transmettre. Il constitue notre histoire familiale, notre patrimoine affectif. Nous devons être profondément attachés à la mémoire de ceux qui nous ont précédés dans la chaîne familiale. Mon grand-père a vécu cette « der des der » à travers un regard très personnel et sa sensibilité poétique transparaît dans ses lettres et dans ses récits, ce qui est assez exceptionnel. Le but ultime de sa vie se situait pourtant aux antipodes de ce qu’il vivait à ce moment-là !
J’aimerais un jour aller à Verdun afin de m’imprégner de ce lieu qui a été le théâtre d’un tel épisode guerrier. J’ai vu des documentaires sur le site d’aujourd’hui et je me suis laissée absorber par ces reliefs, ces doux paysages, ce silence, cette paix (ô paradoxe !), et j’ai essayé d’y transposer l’horreur, la souffrance, la faim , le froid … J’aimerais recueillir de façon réelle et virtuelle tout ce qui a pu subsister là (vestiges, archives, objets, édifications, installations, ouvrages, tranchées..), m’assurant ainsi, que le temps que l’on dit assassin, n’efface à jamais la présence de ceux qui ont lutté et souffert pour sauver la France.

C’étaient de valeureux soldats, élevés dans le respect de la morale chrétienne et du devoir envers leur patrie. … Quelques-uns travaillaient la terre, d’autres étaient ouvriers, mineurs, tous avaient des vies de dur labeur honorables et dignes. Ils étaient respectueux de ce que la France leur avait donné et étaient tous prêts à sacrifier leur vie pour que nous restions libres…
On ne le dit pas assez aux jeunes générations… Il faut le leur rappeler sans cesse… Les parents ne se rendent pas assez disponibles…Le peu de temps libre qu’ils ont, ils le passent devant la télé qui est, la plupart du temps, un puits de bêtise incommensurable….L’enseignement de l’histoire dans les écoles ne se fait plus correctement…Les jeunes ne connaissent plus de service militaire, plus de contraintes, plus de discipline, plus de nécessité de reconnaissance envers ceux qui se sont sacrifiés. Comment voulez-vous qu’ils s’identifient à leurs glorieux ancêtres ?

A.